Les Anciens de la VF

 

 

HISTORIQUE

 

 

 

1926 : ... UN SI MODESTE PETIT ARBUSTE

 

4 septembre : six heures du matin, quatre ombres s'éloignent du monastère de la Délivrande. Les ombres se matérialisent à Bruxelles, à 11 heures du soir, place de Jamblinne de Meux. A leurs yeux épuisés, la Maison se devine : un hall vaguement éclairé par quelques bougies fichées dans des bouteilles... Le 23 octobre, c'est la fondation officielle ! (d'après les Annales)

 

Cette arrivée discrète n'est pas le fruit du hasard : il faut en rendre grâce à la providence et à la famille van de Vyvere. En 1914, l'épouse du ministre avait connu à Folkestone des religieuses françaises réfugiées et souhaité leur établissement en Belgique.
Les sœurs appartenaient à la Congrégation Notre‑Dame de Fidélité, famille religieuse née en Normandie à la suite d'un miracle et d'une promesse de Notre‑Dame à la fondatrice, Mère Sainte‑Marie : « Je suis la Vierge Fidèle, ne crains rien ! Je serai fidèle à tous ceux qui, dans cette maison, m'honoreront sous ce titre » (15 août 1829).

 

Avec des sœurs arrivées en renfort, Mère Marie du Cénacle et ses premières compagnes entreprennent l'aménagement des locaux pour la Pédagogie d'étudiantes qui, deux ans plus tard, cédera la place au « Pensionnat‑externat de la Vierge Fidèle » !
Une Pensionnaire ... mais voici déjà les premières externes : Thérèse et Monique Delvaux de Fenffe, Emilienne et Marie‑Antoinette Raveschot, Marcelle Leynen, Sabine de Nève de Roden, Monique Schoepen, Madeleine Holvoet, Simone et Eliane de Jonghe.

 

Les Sœurs redeviennent éducatrices, animées de l'esprit de leur Fondatrice : « Donnez aux enfants l'envie de bien faire, et vous aurez tout gagné ! ». Le jour de la rentrée, on compta 14 élèves !

 

 

 

 

 

1930 : ... ETEND SES BRANCHES ...

 

L'Institut croît régulièrement d'année en année. Les études s'organisent et la communauté augmente en conséquence. Attirées par la Congrégation, 26 Belges prendront successivement l'habit.

 

Une certaine demoiselle Turine entre au noviciat d'où elle reviendra « Mère Saint Robert Bellarmin ». Educatrice émérite, elle animera la formation des enfants qui se poursuit avec patience, amour, et la batterie de moyens doux : « rosettes », « privilèges », « rubans d'honneur », et « points perdus » aussi, hélas !

La maison du 14, qui paraissait gigantesque en 1926, semble rétrécir à vue d'œil ! « Il y a des élèves partout, dans les salles, dans les parloirs. » Il est temps de songer à d'autres locaux (le 13), à des constructions peut‑être (rue de Linthout)). En 1937, on projette l'édification d'un cours dans la propriété. Enfin, le 19 janvier 1939, cérémonie pleine de joie et d'espérance : la bénédiction du Cours Ste‑Anne.

 

 

 

 

1939 : ... RESISTE A L'ORAGE ...

 

Mère St‑Thomas assure le secrétariat des « Examens de Cambridge » en langue anglaise. Sœur van de Vyvere prendra la relève jusqu'en 1976. Ils ne connaîtront qu'une seule interruption en 1940.

 

Le 10 mai, la tragédie mondiale atteint aussi la Vierge Fidèle !
Du 15 mai au7 juin 1940, c'est l'exode vers la France pour la Communauté. Au retour de Bruxelles, il faut s'adapter à la présence de l'occupant. Le cours Ste‑Anne tout neuf est occupé par les Allemands Les élèves se replient sur le 14. Les primaires et maternelles s'abritent au 40 rue de Linthout. « Pour s'y rendre, il fallait contourner le cours et se glisser entre les camions de la Wehrmacht garés dans la plaine de jeux ».

 

Puis vint le temps de V1 et des V2. Les pensionnaires de ce temps se rappelleront les nuits passées sur des matelas jonchant « St-Joseph ». Malgré tout, le travail s'accomplit sans pour autant faire abstraction des réflexions sur les événements, comme en témoigne en filigrane un article paru dans la petite Revue de guerre « Voix Fidèles » sur le patriotisme « ... le soldat se voit contemplé par le monde et, comme s'il oubliait ceux qui l'attendent peut‑être dans son village... fermé tout à coup et dirigé... vers un sacrifice prodigieux que n'avait ni préparé, ni deviné son enfance, il donne sa vie. » (G. de Renesse)

 

  

 

1946 : ... GRANDIT, SE FORTIFIE ET SE STRUCTURE

 

La paix est revenue. Les traditions s'installent. Ainsi, les rhétoriciennes interprètent chaque année une grande œuvre théâtrale. Elles se souviendront sûrement de Gringoire, de la Fille de Roland - et, enjambant les années - du Dialogue des Carmélites, de Christophe Colomb, de Cyrano et de l'Aiglon, de Roméo et Juliette, de Ruy Blas et Figaro ... Mademoiselle Thilgès assume depuis 1957 le choix de ce magnifique répertoire présenté dans une mise en scène très inspirée.

 

Travail, sorties, conférences, expositions rythment la vie de l'école de concert avec l'animation spirituelle. Avez‑vous porté le ruban de la « Congrégation », été « croisée », ou « cadette », ou « enfant de Marie » ? Le même souci de formation intérieure et personnelle anime toujours notre école, sous des formes nouvelles bien entendu !

 

Toute cette activité intra muros ne nous rend pas insensibles à la vie politique et sociale. 1955 fut une année de lutte pour l'enseignement libre. A ce moment, l'Institut sentit la nécessité d'organiser - comme dans beaucoup d'écoles - une première Association des Parents.

 

1956 : un grand défilé rassemble les élèves des institutions libres de Schaerbeek. Mr Deleu eut le redoutable honneur d'apprendre à défiler au pas, à tourner, à marquer les distances comme de vrais petits soldats !

 

1957 : l'Etat interdit aux centres de vacances d'employer des aides bénévoles non diplômées. Alors naquit dans nos murs l'Ecole Diocésaine des Cadres qui vécut pendant plus de douze années grâce à une équipe dévouée, la trinité : Sœur Jacquet de Haveskercke, Melle Thilgès et Ch. D'Udekem.

 

Avez‑vous été une des 134 monitrices, ou des 16 chefs‑monitrices, ou des 6 instructeurs qu'elles ont formées ?

 

1958 : impossible de passer sous silence l'Expo, l'Atomium ... mais certaines aimeront se rappeler aussi un fervent et mémorable pèlerinage à Lourdes.

 

Compétitions sportives, formations cinématographiques et concours scolaires ne cesseront de se multiplier.

 

1959 sera la grande année de l'école primaire. Elle reçoit l'agréation de l'Etat, et quelques mois plus tard la visite d'un homme d'affaires proposant l'achat d'un bâtiment situé derrière le cours Ste‑Anne. Il sera aménagé et ouvert aux bambins sous le nom de « Ste‑Bernadette » et aux aînées pour les cours de gymnastique : un espace vital accueilli avec soulagement par un nombre croissant d'élèves et de professeurs ! On s'y amuse, on jongle avec les « réglettes Cuisenaire » sous la houlette de Sœur Raveschot, et qui ne se rappelle Sœur d'Udekem et sa traditionnelle exposition des 4es primaires ?

 

 

 

 

1976-2001 : VOICI VENIR LE TEMPS DES FLEURS ET DES FRUITS !

 

Voici l'année dorée : celle du premier grand jubilé de l'Institut. A 50 ans, on peut jeter un regard sur un passé parfois si laborieux, souvent si heureux  !

 

Sous la direction compétente et avisée des responsables successives : Mère Turine, Mère Marie de l'Assomption, Sœur Marie‑Antoinette Raveschot, Sœur Simonart et Sœur Blanpain, avec la collaboration de toute l'équipe éducative tant religieuse que laïque, les sections homologuées se sont diversifiées, les locaux agrandis, les élèves multipliés, jusqu'au nombre rond : 1000, et la Maison s'ouvre au monde.

 

Mais quel monde ? Ce n'est plus celui de la relative stabilité des « trois glorieuses ». secoué par de crises, menacé de guerres, il s'offre avec toutes ses promesses et ses redoutables imprévus. Il s'offre aussi à la méditation des éducateurs qui doivent former les jeunes à entrer dans un monde inconnu et une société nouvelle.

 

A cette gageure, la Vierge Fidèle s'efforce de répondre. Déjà  les classes résonnent d'idiomes nouveaux : méditerranéens d'abord, puis de plus en plus exotiques. Il faut - comme l'énonce si justement le mot d'ordre de la rentrée  « Faire de nos différences une richesse ». Les voyages annuels se font de plus en plus lointains : Grande-Bretagne, Italie, Grèce, Turquie, Allemagne, Bulgarie, Pologne, Russie ...

Ainsi commence le lent brassage des cultures que les temps réclament.

 

Mais l'Europe aspire à des structures élargies, à des autorités plus stables. Souhaitée et critiquée à la fois, la CE compte sur les jeunes pour faire cette Europe nouvelle. Et voilà certaines de nos élèves qui prennent la parole au Parlement Européen des jeunes !

 

Notre univers est devenu aussi celui de la finance, de l'économie et de la communication. Avant d'y entrer effectivement, les élèves s'initient au langage de l'ordinateur, à l'usage de l'Internet et, ce depuis l'école primaire. Et la création d'une mini‑entreprise leur fait entrevoir la complexité de la vie économique.

 

Mais notre époque contrastée est aussi celle des droits de l'homme et des aspirations individuelles. Pour n'être pas le jouet de toutes ces forces contradictoires, il faut être suffisamment solide, posséder une structure intérieure ferme, le sens et l'attachement à certaines valeurs. Tel est, très heureusement l'esprit de la Maison.

 

Les religieuses qui y sont actuellement présentes : Mère van de Kerchove, Sœur Jacquet de Haveskercke, Sœur Raveschot, Sœur van de Vyvere, Sœur Vanbrabant, Sœur Blanpain, Sœur Simonart, Sœur Geneviève Delvaux de Fenffe, Sœur Burghoudt poursuivent l'œuvre commencée il y a 75 ans : privilégier le développement harmonieux de chacun dans un esprit foncièrement chrétien.

 

A ce sujet, on peut évoquer les adhésions libres à la préparation de la Confirmation et de la profession de foi. Pour souligner encore l'importance de cet engagement, depuis 1997, la cérémonie a lieu à la Cathédrale Saints Michel et Gudule.

Plus tard, les retraites réservées aux « volontaires » et soigneusement adaptées aux aspirations et possibilités de chacune ; les multiples et diverses activités sociales bénévoles ; les « campagnes » en faveur des détresses du moment ...

 

Ainsi, peu à peu, à l'aube du XXIe siècle, l'Institut s'insère dans ce monde nouveau, lucide quant à ses carences, dans le même respect de la personnalité de chacune : « Donnez à l'enfant l'envie de bien faire ... ».

 

En son 75ème anniversaire, il opère le passage du témoin dans les mains de Madame Lemaire‑Saussez, directrice de la section Secondaire et de Monsieur Hap, directeur de l'école Fondamentale, mais il le fait dans la confiance renouvelée en la promesse de Marie : « Je suis la Vierge Fidèle ... Ne craignez pas ! ». C'est pourquoi on peut chanter MAGNIFICAT ! Le rayonnement de l'Institut et la fidélité dont témoignent toutes les anciennes à l'égard de leur école et des valeurs qu'elles y ont trouvées en sont des indices qui ne trompent pas !

 

  

Réunion d'Anciennes à l'Institut de la Vierge Fidèle

 

L'Association des Parents d'élèves a voulu saisir l'occasion du 80ème anniversaire de l'Institut de la Vierge Fidèle à Bruxelles pour témoigner à la Communauté des Sœurs de Notre Dame de Fidélité sa profonde reconnaissance et ses vifs remerciements pour son inlassable ardeur à transmettre à de si nombreuses générations, le meilleur niveau de savoir joint aux valeurs de générosité et de dévouement dans un cadre de spiritualité et de foi partagée.

 

Près de huit cents anciennes, dont certaines de la première heure, se sont donc retrouvées à l'Institut, le vendredi 24 mars 2006 en fin d'après‑midi, dans une ambiance chaleureuse pour échanger souvenirs et anecdotes pour tenter de se retrouver dans la galerie de photos de classes mise en place pour l'occasion.

 

Après les discours et évocations officielles, c'est une longue et vibrante ovation suivie du chant de l'Institut repris en chœur par toutes, qui clôtura cette réunion d'anciennes des plus réussies.

 

 

 

Impressions d'une ancienne élève de la « première heure » de l'Institut

 

J'ai été très heureuse de fêter avec septante autres rhétoriques les 80 ans de notre chère V.F. et je m'associe de tout cœur aux remerciements chaleureux et aux vœux qui ont été prononcés.

 

Je voudrais souligner combien, de notre temps, la VF était une école d'avant‑garde. Pensez donc : voilà de jeunes religieuses qui arrivent du fin fond de leur Normandie avec une conviction : Dieu a créée la femme avec un cœur grand comme ça , de solides aptitudes ménagères, mais AUSSI un cerveau trop souvent laissé en friche. A cela un remède : les humanités gréco‑latines. Elles se lancent dans une aventure qui n'était pas du tout assurée de la réussite : nous étions cinq en 6e latines ! Cela a été un succès grandissant qui s'est affirmé d'année en année, ouvrant toujours de nouvelles portes, choisissant toujours de nouvelles options évaluant avec intelligence les nécessités du temps.

 

Les religieuses nous ont assuré une très solide formation intellectuelle qui nous a ouvert les portes de l'université. L'une de nous, Hermance de Ramaix, a été docteur en médecine, ce qui n'était pas courant dans les années trente.

 

Elles nous ont partagé leur foi. Une foi solide, sérieuse, basée sur la réflexion, l'étude et la prière. Peut‑être étaient‑elles un peu cartésiennes, mais là encore elles s'inscrivaient dans le courant néo-thomiste en vogue à l'époque. C'était la foi sans bigoterie ni bondieuserie. Les élans mystiques de nos quinze ans étaient vite ramenés vers le quotidien et l'amour concret du prochain !

 

Enfin, elles nous ont élevées avec fermeté, certes, mais surtout avec beaucoup de délicatesse, selon « l'esprit de finesse » qui leur était cher. Une légère ironie pour accueillir nos outrances adolescentes, un petit sourire pour dédramatiser ... mais aussi une phrase dite comme en passant, sans appuyer, mais qui marque profondément et pour toute la vie. Nous avons toujours été considérées comme des personnes avec qui on dialoguait, sans jamais forcer ou imposer. Cela provoquait une curieuse impression : elles nous regardaient avec le regard de Dieu : « tu es mon enfant bien aimé ; tu es unique ; tu as du prix à mes yeux ; plus est en toi ». Quel appel à grandir ! Et quel sentiment de liberté !
J'avoue à ma courte honte que nous en avons parfois abusée. Lors d'un cours particulièrement barbant, Cécile, la plus douée dans le domaine, lançait innocemment un propos frisant l'hérésie. La religieuse montait au créneau, nous renchérissions, et avec un peu d'adresse, on évitait pendant une heure les pièges à ablatif absolu !

 

Ma chère VF, mes six années d'humanités me laissent un souvenir de plénitude, d'accomplissement et de bonheur. Elles m'ont donné un bagage spirituel et intellectuel dont j'ai vécu toute ma vie, et je t'en suis profondément reconnaissante.

 

En ce beau jour de tes 80 printemps, je forme un vœu : reste ce que tu as toujours été pour nous : une éveilleuse. « Capitaine de ton âme » comme disait Mère Marie du Cénacle, reste ouverte, joyeuse et généreuse, affrontant avec cœur, intelligence et courage les immenses défis que pose le monde moderne.

 

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